Chaque jour, dans les écoles, les collèges et les lycées de notre pays, des millions d'enfants prennent un repas dont on sait qu'il les expose à des substances que la science accuse depuis des années. Et chaque jour, l'État et trop de collectivités regardent ailleurs.
Cela suffit. Nos enfants ne sont pas une variable d'ajustement.
Ce que dit la science
L'expertise collective de l'INSERM publiée en 2021 établit une présomption forte de lien entre l'exposition aux pesticides chez l'enfant et la survenue de cancers pédiatriques, en particulier les leucémies et les tumeurs du système nerveux central. Pour certains insecticides, la présomption forte porte aussi sur des troubles du développement neuropsychologique et moteur.
Or les enfants vont à la cantine très tôt — dès la maternelle, souvent dès trois ans, parfois plus tôt encore. Sur ces tout-petits, dont les barrières physiologiques sont immatures et dont les cellules sont en multiplication intense, les pesticides agissent davantage. C'est pendant ces années-là que l'exposition pèse le plus lourd, et que ce qu'on met dans leur assiette compte le plus.
L'étude PestiRiv, publiée en 2025 par Santé publique France et l'ANSES, confirme que vivre près des cultures expose davantage. L'étude Esteban établit l'imprégnation de la population générale, enfants compris.
Les preuves sont là. Le doute n'est plus permis. Ce qu'il manque, c'est le courage politique.
La loi est claire. Elle n'est pas respectée.
La loi EGalim (30 octobre 2018), complétée par la loi Climat et Résilience (22 août 2021), oblige depuis le 1ᵉʳ janvier 2022 toutes les cantines scolaires, universitaires, hospitalières et médico-sociales à proposer au moins 50 % de produits durables et de qualité, dont 20 % issus de l'agriculture biologique. Sept ans plus tard, c'est encore largement lettre morte.
Selon l'enquête de l'Association des maires de France (2024), seules 18 % des communes respectent les deux seuils. Sur la plateforme gouvernementale Ma cantine, les taux moyens en 2022 plafonnaient à 27,5 % de produits durables et 13,1 % de bio. La loi ne prévoit aucune sanction. Et pendant ce temps, nos enfants mangent.
La cantine qu'on veut pour nos enfants
Nos enfants ne méritent pas seulement « moins pire ». Ils méritent le meilleur. Une cantine digne de ce nom, c'est une cantine bio, gratuite, équitable, conviviale, faite maison, avec des produits locaux et de saison, saine, équilibrée, à moindre impact environnemental — et bonne. Oui, bonne, parce qu'il est temps de se rappeler qu'un repas se mange aussi avec plaisir.
Cela fait des décennies que la fabrication des repas scolaires a été déshumanisée par les grands groupes de la restauration collective, qui livrent des plats fades, surgelés, ultra-transformés, expédiés de très loin et servis sans âme. Ce modèle est un échec sanitaire, écologique, social et culturel. Il faut le quitter.
Une cuisine faite sur place, par des cuisinier·es payé·es dignement, avec des aliments produits par des paysannes et paysans bio du territoire : c'est cela, une vraie cantine. Une cantine qui apprend aux enfants le vrai goût des aliments, qui les aide à apprendre, à grandir, à être en bonne santé. Bien manger n'est pas un luxe : c'est la base. Et la santé, l'apprentissage et l'éveil au goût se construisent dans l'enfance ou jamais.
Bon pour les enfants, la planète, les paysannes et paysans
Une cantine bio, locale, équitable et de saison ne s'oppose pas à celles et ceux qui font notre nourriture : elle les soutient. Elle leur permet d'être justement rémunéré·es pour un travail trop souvent étranglé par un système agro-industriel qui les paie sous le coût de production. Choisir le bio local et équitable dans les cantines publiques, c'est garantir un revenu paysan digne, c'est faire vivre les fermes du territoire, c'est arrêter de subventionner avec l'argent public un modèle qui détruit les sols, l'eau, l'air et la santé.
Comme l'a affirmé l'Appel de Lorient en octobre 2024, signé par Bio Consom'acteurs et plus de 220 organisations, la bio coûte moins cher à la collectivité que l'agriculture industrielle, dont les coûts cachés — dépollution de l'eau, soins de santé, biodiversité détruite — sont massifs et payés par les contribuables.
Nos demandes
Aux élu·es et responsables politiques, à toutes les échelles — État, Parlement, régions, départements, communes — qui ont, chacun·e dans le périmètre de leurs compétences, la responsabilité directe ou indirecte des cantines de nos enfants, nous demandons un engagement public, immédiat et chiffré sur les mesures suivantes :
- Respecter immédiatement, dans toutes les cantines scolaires (de la maternelle au lycée) et de la petite enfance, l'obligation légale de la loi EGalim — 50 % de produits durables et de qualité dont 20 % issus de l'agriculture biologique — et publier une trajectoire vers 100 % bio à horizon précisé.
- Revenir à une cuisine faite sur place dans les cantines, avec des cuisinier·es formé·es et dignement rémunéré·es, plutôt que de déléguer à des grands groupes industriels.
- Privilégier l'achat direct, local et de saison auprès des paysannes et paysans bio du territoire, garantir des prix qui couvrent les coûts de production et assurent un revenu paysan digne.
- Proposer chaque jour une alternative végétarienne et réduire la part des produits carnés et d'origine animale, pour la santé des enfants et pour l'environnement.
- Réduire drastiquement les déchets, le plastique et le gaspillage alimentaire, et bannir les contenants plastiques de cuisson, de réchauffe et de service.
- Garantir progressivement la gratuité de la cantine pour toutes les familles, en commençant par les familles aux revenus les plus modestes, dans la perspective d'une véritable sécurité sociale de l'alimentation.
- Interdire l'usage de pesticides de synthèse dans tous les espaces publics, en particulier autour des crèches, des écoles et des lieux fréquentés par les enfants.
- Renforcer la loi EGalim en prévoyant des sanctions effectives en cas de non-respect, et donner aux collectivités les moyens financiers et humains nécessaires à son application.